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Prononcer le coréen quand on est francophone : les 7 pièges de la romanisation

21 août 2026 8 min de lecture L'équipe Korean Stories
Un calligraphe coréen écrit des prénoms en hangeul au pinceau
Photo : Samuraijohnny · CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Tu connais l'alphabet, tu déchiffres les syllabes — et pourtant, quand tu ouvres la bouche, un Coréen fronce les sourcils. Ce n'est presque jamais ta faute : c'est celle de la romanisation. Le système officiel transcrit des lettres, pas des sons, et il a été pensé pour des anglophones. Voici les sept endroits précis où il t'induit en erreur.

Le malentendu de départ : romaniser n'est pas prononcer

La romanisation révisée (celle des panneaux routiers et des passeports) est un système de translittération. Son but est de rendre le hangeul avec des lettres latines de façon réversible — pas de t'apprendre à parler. Un anglophone qui lit « Seoul » s'en sort à peu près. Un francophone qui lit « seoreun » pour 서른 so-reun dit « sé-o-reun », c'est-à-dire quelque chose que personne ne reconnaîtra.

La bonne nouvelle : les écarts ne sont pas aléatoires. Ce sont toujours les mêmes sept, et une fois repérés ils ne te piègent plus.

1. Le « u » qui se dit « ou »

C'est le piège numéro un, et le plus coûteux. La voyelle est romanisée u, mais elle se prononce « ou », comme dans « loup ». Le mot « lait » s'écrit 우유 ou-you — jamais « u-yu ». Le son « u » du français (celui de « lune ») n'existe tout simplement pas en coréen.

2. Le « eo » qui n'est pas « éo »

La voyelle est romanisée eo. Deux lettres, mais un seul son : le « o » ouvert de « porte », bouche détendue. 서른 so-reun (trente) se dit « so-reun ». Et Séoul, c'est « so-oul », pas « sé-oul ».

3. Le « eu » qui n'existe pas chez nous

est romanisée eu, et là il faut vraiment un geste nouveau : dis « ou » mais en étirant les lèvres comme pour sourire. 스물 seu-moul (vingt) se dit « seu-moul » — et surtout pas « seu-mul », qui mélange déjà deux erreurs.

4. Les consonnes qui se transforment au contact

C'est l'écart le plus spectaculaire, parce que la romanisation ne le note pas du tout. Quand deux consonnes se touchent, elles se déforment. Le cas le plus courant : une occlusive devant un ou un devient une nasale.

Résultat : 감사합니다 gam-sa-ham-ni-da ne se dit pas « ham-ni-da » par fantaisie, mais parce que le de ne peut pas rester lui-même devant le . La romanisation écrit pourtant « gamsahamnida » ou « gamsahapnida » selon les sources — de quoi douter au moment où l'on en a le moins besoin.

5. La liaison, qui change tout

Une consonne finale suivie d'un — la lettre muette — glisse dans la syllabe suivante. 없어요 op-sso-yo (« il n'y en a pas ») ne se lit pas « op-so-yo » : le de la finale double part à droite et se tend. Même mécanique pour 읽어요 il-go-yo (« je lis ») ou 많아요 ma-na-yo (« il y en a beaucoup »).

Pourquoi ça compte plus qu'il n'y paraît

Ces trois derniers pièges expliquent une frustration très fréquente : « je connais le mot, je l'ai lu cent fois, mais je ne le reconnais pas à l'oral ». Normal — tu as mémorisé une graphie, pas ce que les Coréens en font quand ils parlent.

6. Le qui se mouille

Devant un « i » ou une voyelle en « y », le ne fait plus « s » mais « ch ». C'est pour ça que 김치 gim-tchi s'écrit « kimchi » chez nous — le mot est arrivé par l'oreille, pas par la romanisation. Le prénom Michel donne d'ailleurs 미셸 mi-chél en coréen, avec le même son.

7. Le ㄱ, ㄷ, ㅂ qui hésitent

Ces trois consonnes se situent entre nos sourdes et nos sonores. En début de mot elles sonnent plutôt « k », « t », « p » ; entre deux voyelles, plutôt « g », « d », « b ». 한국 han-gouk en est l'exemple parfait : le second est plus doux que le premier. Ne cherche pas à trancher — vise le milieu, personne ne t'en tiendra rigueur.

Ce qu'on fait, nous, avec ça

C'est la raison pour laquelle le dictionnaire de Korean Stories n'affiche plus la romanisation officielle sous les mots, mais une lecture à la française calculée depuis le hangeul, liaisons et assimilations comprises. 어머니 o-mo-ni y est écrit « o-mo-ni », pas « eomeoni ». Même chose dans les leçons, dans les histoires, et sur l'outil qui écrit ton prénom en coréen.

Ça ne remplace pas l'écoute — rien ne la remplace. Mais ça évite de mémoriser une prononciation fausse pendant des mois avant de découvrir qu'il faut tout réapprendre.

Le saviez-vous ? La romanisation révisée date de 2000 et a remplacé le système McCune-Reischauer, qui utilisait des apostrophes et des accents (kimch'i, Sŏul). On les a supprimés pour faciliter la saisie informatique — au prix, précisément, de la précision phonétique.