Les prénoms coréens : deux syllabes, et une phrase entière

Un prénom coréen tient en deux syllabes et contient souvent une phrase entière. Pas une sonorité choisie parce qu'elle plaisait : un sens, écrit en caractères chinois, et parfois partagé avec toute une fratrie.
Un prénom coréen tient en deux syllabes et contient, le plus souvent, une phrase entière. Pas une sonorité choisie parce qu'elle plaisait : un sens, écrit, décidé, et parfois partagé avec toute une fratrie.
Comprendre comment ils sont construits change la façon dont on lit un générique de série ou une liste de noms.
La structure : nom d'abord, prénom ensuite
Le 성 song — le nom de famille — précède toujours le 이름 i-reum. Kim Minjun, c'est Kim la famille, Minjun la personne. Le nom de famille fait presque toujours une syllabe, le prénom deux.
Cette régularité explique qu'on puisse découper n'importe quel nom coréen à vue : la première syllabe est le patronyme, le reste est le prénom.
Trois noms pour la moitié du pays
La Corée compte peu de patronymes — quelques centaines, contre des centaines de milliers en France. Et trois d'entre eux écrasent tous les autres :
| Nom | Part de la population |
|---|---|
| Kim | environ 21 % |
| Lee (parfois écrit Yi ou Rhee) | environ 14 % |
| Park (ou Pak) | environ 8 % |
À eux trois, près d'un Coréen sur deux. C'est pourquoi on ne s'appelle presque jamais par le nom de famille seul : dans un bureau de trente personnes, il y a huit Kim.
Le sens est écrit, en caractères chinois
La plupart des prénoms coréens s'écrivent aussi en 한자 han-dja, les caractères chinois. C'est là que réside le sens : deux prénoms qui se prononcent identiquement en hangeul peuvent avoir des significations complètement différentes selon les caractères choisis.
Un même son peut ainsi vouloir dire « lumière de la sagesse » ou « pierre précieuse », selon ce qui figure à l'état civil. Le hangeul note la prononciation ; le hanja porte l'intention.
C'est aussi pourquoi, en Corée, demander « quel hanja ? » à propos d'un prénom n'a rien d'étrange : c'est demander ce qu'il signifie.
돌림자 dol-lim-dja — la syllabe qui relie une génération
Voici la particularité la plus intéressante, et la moins connue. Dans les familles qui suivent la tradition, tous les enfants d'une même génération partagent une syllabe de leur prénom — souvent la même chez les cousins.
Trois frères pourront ainsi s'appeler Minjun, Minseo et Minho : le Min n'est pas un hasard, c'est la marque de leur génération. La syllabe change à la génération suivante, selon un ordre fixé par le registre familial.
Résultat : en entendant un prénom, un Coréen d'une famille traditionnelle peut parfois situer une personne dans l'arbre généalogique. L'usage recule chez les jeunes parents, mais reste très visible chez les quadragénaires et au-delà.
Les prénoms purement coréens
Depuis les années 1980, une partie des parents choisit des prénoms sans hanja du tout, formés de mots coréens ordinaires. Ils sonnent plus doux, et leur sens est immédiatement lisible par tout le monde :
| Prénom | Sens |
|---|---|
| 하늘 ha-neul | le ciel |
| 바다 ba-da | la mer |
| 사랑 sa-rang | l'amour |
| 별 byol | l'étoile |
Ces prénoms sont souvent mixtes, ce qui est notable : la majorité des prénoms coréens traditionnels sont, eux, orientés par les caractères qui les composent.
Deux choses qui surprennent les francophones
- Les femmes ne changent pas de nom en se mariant. Chacun garde son patronyme à vie. Les enfants portent en revanche celui du père par défaut.
- Un prénom peut se re-choisir. Changer de prénom à l'âge adulte est une démarche administrative connue, et bien moins exceptionnelle qu'en France.
Et son propre prénom, alors ?
Un prénom étranger ne se traduit pas : il se transcrit. On cherche les syllabes coréennes les plus proches des sons français — ce qui donne parfois des résultats inattendus, le coréen ne disposant ni du v, ni du z, ni de certaines finales consonantiques.