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Le service militaire en Corée (군대) : pourquoi même les stars s'engagent

30 juillet 2026 9 min de lecture L'équipe Korean Stories
Jour d'incorporation dans un centre d'entraînement de l'armée de terre coréenne, jeunes recrues au garde-à-vous
Photo : 대한민국 국군 (Republic of Korea Armed Forces) · CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Ni exception ni passe-droit possible : quand les sept membres de BTS ont fini, l'un après l'autre, par enfiler l'uniforme entre 2022 et 2025, ils ont confirmé une règle qui ne souffre presque aucune exception en Corée du Sud. Le 군대 n'est pas une option — voici comment il fonctionne vraiment.

Une obligation constitutionnelle pour tous les hommes

L'article 39 de la Constitution sud-coréenne est sans ambiguïté : « Tout citoyen a le devoir de défense nationale tel que fixé par la loi. » Le 병역법 byeongyeokbeop (loi sur le 병역 , le service militaire) précise que cette obligation ne concerne que les hommes de nationalité coréenne. Elle s'active au 1er janvier de l'année des 18 ans, et l'입대 (l'enrôlement) doit intervenir avant 28 ans dans le régime général. Des reports d'études existent (jusqu'à 27-28 ans pour un master, 28 ans pour un doctorat, exceptionnellement jusqu'à 30 ans pour finir une thèse à l'étranger), mais ils ne dispensent jamais du service — ils le repoussent seulement.

Combien de temps dure le service aujourd'hui

La loi fixe un plafond, mais la durée réellement appliquée a été réduite par étapes dans le cadre d'une réforme achevée fin 2021. Les chiffres actuels (2025-2026) :

CorpsDurée appliquée
Armée de terre / Marines18 mois
Marine20 mois
Armée de l'air21 mois
Service social (사회복무요원)21 mois

La formation initiale se déroule dans un 훈련소 (camp d'entraînement), avant l'affectation. Le jour de libération, le 전역 , fait souvent l'objet d'une petite célébration en famille devant la caserne.

Le système de classification physique et mentale

Chaque appelé passe une visite médicale qui détermine un grade de 1 à 7, et donc son affectation :

GradeConséquence
1급 à 3급Service actif (현역 ) — la grande majorité des conscrits
4급Service social alternatif (사회복무요원), non-combattant, vit à domicile
5급Mobilisation en temps de guerre uniquement, aucune obligation en temps de paix
6급면제 totale — handicap ou maladie grave
7급Réexamen différé sous un an (cas médicaux non tranchés)

Les objecteurs de conscience : un service alternatif contesté

Pendant longtemps, refuser de porter les armes pour motif religieux ou philosophique menait directement en prison. Un tournant survient le 28 juin 2018 : la Cour constitutionnelle juge inconstitutionnelle l'absence d'alternative, suivie le 1er novembre 2018 par la Cour suprême qui reconnaît l'objection de conscience comme motif légitime. Un service alternatif est créé, avec un premier appel le 26 octobre 2020.

Une alternative critiquée comme punitive : ce service dure 36 mois — exactement le double des 18 mois de l'armée de terre — et s'effectue en internat dans un établissement pénitentiaire (교정시설), pour des tâches comme la restauration ou l'entretien des locaux. Des ONG de défense des droits humains dénoncent une mesure dissuasive plutôt qu'une véritable alternative équivalente.

Le cas BTS : pourquoi même les plus grandes stars s'enrôlent

Une loi votée le 22 décembre 2020, surnommée « loi BTS » (병역법 amendé), permet aux artistes de culture populaire ayant reçu une distinction culturelle officielle de reporter leur incorporation jusqu'à 30 ans. BTS, décoré de l'Ordre du mérite culturel en 2018, était le cas d'école visé par cet amendement.

Mais reporter n'est pas dispenser : selon la presse coréenne spécialisée, qui recoupe ces dates de façon concordante, les sept membres se sont bel et bien engagés l'un après l'autre entre fin 2022 et fin 2023, pour achever leur service collectif à la mi-2025 :

MembreFin de service (approx.)
JinJuin 2024
J-HopeOctobre 2024
RM, V, Jimin, JungkookJuin 2025
SugaJuin 2025 (service social, après une blessure)

Ces dates précises proviennent de médias people coréens et non d'une annonce officielle — à traiter comme une indication fiable, mais pas comme un document d'État. Ce qui est certain, c'est que même le groupe le plus rentable du soft power coréen n'a pas échappé à la règle commune.

Le poids culturel du service : le folklore du « 군대 이야기 »

Tous les hommes coréens étant passés par la même expérience, les « 군대 이야기 » (histoires d'armée), souvent enjolivées avec les années, sont devenues un cliché national — la blague classique veut qu'aucune conversation entre hommes coréens ne puisse durer longtemps sans qu'elles ressurgissent. Une expression résume l'appréhension amoureuse liée au service : 고무신 gomusin 거꾸로 신다 (« porter ses chaussons en caoutchouc à l'envers »), qui désigne une compagne rompant unilatéralement pendant le service de son copain — le pendant côté masculin se dit avec les 군화 (chaussures militaires) retournées.

Le 말년 mallyeon, la toute fin du service, a la réputation d'être la période la plus détendue — charge de travail allégée, jours comptés un par un jusqu'à la libération.

Une institution sous tension démographique

Selon des articles de presse de 2025, les effectifs réels avoisinaient 450 000 militaires, contre un objectif historique de 500 000 — un déficit déjà net, et les projections évoquent une chute possible à environ 260-290 000 d'ici 2035, la classe d'âge des hommes de 20 ans se réduisant fortement. Face à ce constat, le président Lee Jae-myung a relancé en 2026 l'idée d'un « 선택적 모병제 » (service professionnel sélectif) : chaque appelé pourrait choisir entre un service court d'environ 10 mois, ou un engagement long d'environ 36 mois comme sous-officier mieux rémunéré. Il ne s'agit à ce stade que d'un projet en débat, pas d'une loi votée — l'opposition politique dénonce une mesure jugée populiste, et les experts restent partagés sur sa faisabilité opérationnelle.

Et les femmes ? Elles ne sont pas conscrites, et ne peuvent aujourd'hui servir que comme officières ou sous-officières volontaires. Un projet de loi déposé en août 2025 propose d'ouvrir aussi le rang de simple soldate aux volontaires — une évolution qui resterait facultative, mais que certains commentateurs voient comme un premier pas vers un débat plus large.
Pour aller plus loin : notre article « Étiquette coréenne » couvre d'autres codes sociaux hérités de la hiérarchie coréenne, très présente aussi... à l'armée.