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Dans les coulisses du jjimjilbang : le vrai métier du 때밀이

3 août 2026 9 min de lecture L'équipe Korean Stories
Jeune femme portant la serviette nouée en « tête de mouton » dans l'espace commun d'un jjimjilbang coréen
Photo : Korea.net / KOCIS · CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Notre article sur l'hébergement en Corée évoquait déjà le 찜질방 en surface. Ici, on va plus loin : le vrai métier derrière le gommage corporel coréen, l'objet culte qui l'a rendu possible, et la confusion la plus fréquente chez les visiteurs — entre la zone nue et la zone mixte, qui n'ont rien à voir.

때밀이 : « celui qui frotte la crasse »

때밀이 — 때 (la saleté, la peau morte) + 밀다 (frotter, pousser) — c'est le terme familier, un peu péjoratif à l'origine, pour ce métier et pour la personne qui l'exerce. Le nom officiel depuis 2007 est 목욕관리사 ; une tentative de renommage plus douce, 욕실원, avait déjà été proposée dès 1984-85. Le déroulé du soin est précis : douche et trempage dans l'eau chaude pour ramollir la peau (10 à 15 minutes), puis la personne s'allonge pendant qu'on la frotte méthodiquement dans un ordre donné — visage, cou, ventre, bras, jambes, dos. Des rouleaux de peau morte se détachent visiblement, laissant apparaître une peau plus claire en dessous. Compter 20 à 40 minutes. Hommes et femmes sont toujours servis par un professionnel de leur propre sexe, dans des zones séparées.

L'objet culte : la « serviette italienne »

L'outil qui a rendu ce gommage possible et systématique s'appelle 이태리타월, la « serviette italienne » — et son nom cache une petite ironie. Inventée en 1967 à Busan par Kim Won-jo, dirigeant d'une entreprise textile locale, la moufle rugueuse doit son nom au tissu (une viscose) qui était alors importé... d'Italie. Rien à voir avec un quelconque usage italien réel de l'objet : l'Italie n'utilise pas cette moufle. Trois couleurs existent selon la rugosité — rose (la plus douce), verte (standard, la plus courante), bleue (la plus rêche) — et l'invention a été classée en 2017 parmi les dix meilleures inventions coréennes par l'office coréen de la propriété intellectuelle.

Une paternité longtemps usurpée

Selon une anecdote rapportée par plusieurs sources coréennes (à prendre avec la prudence qui s'impose pour ce type de récit), un homme d'affaires de Busan se serait présenté pendant des années dans les médias comme l'inventeur de la serviette italienne, profitant du fait que le véritable inventeur, Kim Won-jo, s'était retiré de la vie publique après une faillite dans une autre affaire. La vérité aurait été rétablie seulement lorsque la famille de Kim Won-jo a protesté publiquement.

Qui pratique ce métier

Historiquement associé à des personnes en situation économique difficile, le métier tend aujourd'hui à devenir une activité entrepreneuriale à part entière : une grande partie des seshinsa ne sont pas salarié·es de l'établissement, mais louent leur emplacement dans le bain public, un peu comme des artisans indépendants sous le même toit. Le stigmate social n'a pourtant pas disparu — certain·es évitent encore d'en parler, y compris à leurs propres enfants. Un témoignage marquant, recueilli en 2024 auprès d'une seshinsa d'Incheon avec 40 ans de carrière, résume ce que ce métier représente pour elle : elle a élevé trois enfants et soigné ses parents grâce à ce travail, qu'elle décrit comme le fait de « paver le chemin du paradis ».

Zone nue, zone mixte : la confusion à éviter

C'est le point qui échappe à la plupart des visiteurs étrangers : un jjimjilbang comporte en réalité deux espaces bien distincts. Le 목욕탕 (la partie bain) est strictement séparé par sexe, la nudité y est la norme — maillots et sous-vêtements interdits — et c'est là seulement que se pratique le gommage. La zone commune du 찜질방 à proprement parler (salles chauffées, coin repos, restauration) est, elle, mixte : tout le monde y porte la tenue fournie par l'établissement. Douche complète obligatoire avant d'entrer dans les bassins, cheveux longs attachés — deux règles d'étiquette non négociables, parfois rappelées par d'autres habitué·es si on les oublie.

양머리, la « tête de mouton » : la coutume qui consiste à tordre la petite serviette fournie en deux bosses sur la tête, très photogénique et devenue un symbole visuel du jjimjilbang jusque dans les dramas. Une explication répandue, mais non confirmée par une source historique solide, la ferait remonter à des détenus qui tordaient ainsi leur serviette pour se tenir chaud la tête rasée en hiver.

Ce qu'on grignote, et ce que ça coûte

Le trio classique de la zone commune : 식혜 (boisson sucrée au riz), 수정과 (boisson à la cannelle et au kaki séché), et surtout les 맥반석 계란, des œufs cuits sur des pierres d'elvan chauffées — une méthode de cuisson propre aux jjimjilbang. Côté prix du gommage, la fourchette est large et évolue vite : comptez environ 20 000 à 30 000 wons dans un bain de quartier classique, contre 80 000 wons et plus dans les nouvelles boutiques de gommage individuel haut de gamme, plus intimes, qui séduisent une clientèle plus jeune et de plus en plus de touristes étrangers. Les bains de quartier traditionnels, eux, sont en net déclin : à Séoul, leur nombre est passé de 758 à 571 entre 2019 et 2023, soit -25% en cinq ans.

Le saviez-vous ? Un fait divers viral de juillet 2025 a révélé qu'au-delà du prix affiché, certain·es seshinsa des bains de quartier attendent un petit supplément informel — un cas isolé et débattu publiquement en Corée, pas une règle à suivre.