Andong : le village de Hahoe, ses masques et son soju

Andong ne ressemble à aucune autre destination de notre guide de la Corée. Pas de tour de télévision, pas de front de mer, pas de quartier néon : ici, un village entier vit encore comme il y a six siècles, on distille son propre soju depuis des générations, et un poisson salé transporté à dos d'homme est devenu la spécialité culinaire d'une ville pourtant sans accès à la mer.
Hahoe : le village qui n'a jamais fermé
Fondé au XVe siècle par le clan Ryu de Pungsan, le village de Hahoe (하회, littéralement « la rivière qui tourne ») épouse un méandre de la rivière Nakdong — un tracé que la géomancie traditionnelle rapprocherait d'une fleur de lotus. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2010 avec le village de Yangdong (Gyeongju), Hahoe n'est pas un musée figé : les descendants du clan Ryu y vivent toujours, dans deux hameaux distincts — Namchon pour la branche principale, Bukchon pour les descendants du premier ministre Ryu Seong-nyong. Environ un million de visiteurs par an ; les véhicules de tournée y sont d'ailleurs interdits depuis 2021, pour préserver le cadre de vie des habitants. L'architecture oppose maisons aristocratiques à toit de tuiles et maisons de serviteurs à toit de chaume — six des 124 structures du village sont classées Trésors nationaux.
하회탈 : les masques qui ont un Trésor national pour eux seuls
Le 하회탈 , la danse-masque de Hahoe, est née d'un rituel chamanique villageois. Chaque masque incarne un type social bien défini : le noble Yangban, le lettré Seonbi, la jeune mariée Gaksi, le moine dépravé Jung, la vieille veuve Halmi, l'idiot sans mâchoire Imae... Les masques originaux sont classés Trésor national n°121 et conservés au musée (le plus ancien au Musée national de Corée) — ce sont des répliques qui dansent réellement lors des représentations. En 2022, le talchum (la danse-masque coréenne au sens large) a rejoint le patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, dans une inscription groupée de 13 traditions régionales — pas une reconnaissance propre à Hahoe seul, une nuance à garder en tête. Le Festival international des masques d'Andong, créé en 1997, se tient chaque année fin septembre-début octobre, sur plusieurs sites de la ville et du village.
안동소주 : le soju qu'on distillait déjà sous les Goryeo
Contrairement au soju industriel dilué que l'on trouve partout ailleurs en Corée, l'안동소주 est un alcool distillé traditionnel, généralement autour de 45 degrés — certaines versions artisanales grimpent jusqu'à 53. Désigné bien culturel immatériel de la province du Gyeongsang du Nord en 1987, il fait partie des huit « alcools populaires nationaux » reconnus en 1988. Une brasserie-musée se visite en ville, dégustation comprise. Sur son origine, la version la plus répétée par les guides touristiques évoque une technique de distillation transmise par les troupes mongoles stationnées à Andong au XIIIe siècle — une tradition orale plausible, mais qui relève davantage du récit transmis que de la preuve archéologique ; à prendre comme une belle histoire plutôt qu'un fait établi au siècle près.
간고등어 : le maquereau qui a fait le tour de la montagne
Andong est une ville de l'intérieur des terres, loin de toute côte. Le maquereau, lui, venait du port de Yeongdeok par un col de montagne — un trajet assez long pour que le poisson commence à s'avarier en chemin, d'où l'idée de l'éviscérer et de le saler pour le conserver. Le 간고등어 est aujourd'hui LE plat identitaire de la ville, une tradition revendiquée à plus de 400 ans mais dont la notoriété nationale reste, elle, bien plus récente.
Un académicien sur le billet de 1000 wons
À la sortie de Hahoe, l'académie confucéenne de Dosan (도산서원) — fondée en 1574 par les disciples du philosophe Yi Hwang (Toegye), avec charte royale du roi Seonjo en 1575 — fait partie des neuf académies coréennes classées UNESCO en 2019. Yi Hwang, natif de la région, figure sur le billet de 1000 wons : son portrait au recto, une peinture de Dosan au verso.
Comment y aller
Depuis l'électrification complète de la ligne Jungang en 2021, un 기차 KTX-Eum relie directement Séoul (gare de Cheongnyangni) à Andong en environ deux heures, sans correspondance — fini le duo train-plus-bus longtemps nécessaire. De la gare d'Andong, un bus local mène ensuite à Hahoe en une cinquantaine de minutes. Une excursion à la journée depuis Séoul reste jouable pour la seule ville, mais devient serrée si l'on veut aussi voir Hahoe : le village ferme entre 17h et 18h, et le dernier bus retour ne traîne pas. La plupart des guides recommandent une nuit sur place — ne serait-ce que pour le pont Wolyeong illuminé.